Ingrid Betancourt accueillie en héroïne
Pour l'anecdote, on a noté que l'avion qui ramenait Ingrid Betancourt en
France s'est posé à seize heures pile sur l'aéroport de Villacoublay. Pour l'essentiel, il a suffi de l'écouter. Cette femme porte en elle un message et elle a déjà retrouvé toute sa capacité à
le faire passer. Ses destinataires se seront reconnus.
Sur le tarmac de Villacoublay, Nicolas Sarkozy n'a lâché la main de son épouse que le temps de s'émerveiller « au nom de tous les Français » de la force et de la dignité d'Ingrid Betancourt. C'est vrai qu'il émane de cette femme une puissance étonnante, comme un magnétisme captivant, dès qu'elle apparaît, comme au faîte d'une passerelle vide, dédiée à son bonheur, au pied de laquelle un chef d'État trépigne et qu'elle rit, rayonnante et déjà complexe.
C'est plus qu'un bonheur fou. Son charisme mêle une détermination sereine et une douceur maîtrisée, comme dans ces mots répétés sur tant de tons différents afin qu'ils ne soient pas redondants ou
trop lourds : « Je vous dois tout. Je vous aime, je vous aime. Je vous aime... »
« Ici, c'est chez moi »
Son regard intense a des reflets mystiques, alors. « La France c'est chez moi, vous êtes ma famille. » Elle n'en fait jamais trop, mais elle veut justifier sa reconnaissance.
Elle a vécu à Paris une grande partie de son enfance, fille d'une grande famille colombienne et d'un père diplomate longtemps en poste en France. Elle y est revenue après son bac obtenu à Bogota,
pour entrer à Sciences Po où elle a rencontré son ami Dominique de Villepin et Fabrice Delloye, qu'elle épousera en 1983, en même temps que la nationalité française.
La revoilà donc, femme politique et martyre d'une cause dévoyée qu'elle a tant combattue, éclatante au soleil parisien et décidée à mettre les choses au point : « Cette opération
extraordinaire, parfaite, impeccable, qui me permet d'être là, est aussi le résultat de votre lutte.
» Là-bas, au Québec, les oreilles de Ségolène Royal doivent siffler. La France a pensé à elle, a travaillé pour elle, alors Ingrid Betancourt veut le dire et le montrer quand elle prend la
main de Nicolas Sarkozy dans la sienne elle dit que c'est celle d'« un homme extraordinaire », mais que c'est toute la France qu'elle étreint.
Elle sait bien que la polémique est née, s'est insinuée dans son bonheur, qu'elle enfle jusqu'en Suisse. Mais la femme politique n'est déjà plus très loin.
Elle veut y couper court et sourire encore, mettre de côté toutes les difficultés que sa famille a eues avec Alvaro Uribe, auquel il était reproché de ne pas vouloir négocier avec les FARC.
Clairement, elle a désigné la France comme modérateur des élans d'Uribe aussi clairement, elle balaie les rumeurs de mise en scène : « Ces militaires colombiens sont des héros qui ont
pris des risques énormes. Ils n'étaient même pas armés. Pas un coup de feu n'a été tiré. Ils ont été parfaits ».
Des larmes... de joie
Elle parle et parle encore, au pied de cet avion qu'on ne voit plus, qu'elle efface de son aura. « C'est l'intelligence et l'amour qui ont gagné. J'ai beaucoup pleuré durant toutes ces
années de douleur et d'humiliation, cette fois je pleure de joie... » Autour d'elle, tant de jeunes membres de ses comités de soutien la mangent des yeux. Ils n'avaient qu'une hâte,
faire sa connaissance. Un peu comme Florence Aubenas, à qui ce tarmac rappelait un autre jour heureux : « Je suis curieuse de savoir qui est cette femme qui a l'air si forte, si
empreinte de convictions. Je pense qu'elle aura le désir de s'investir pour ceux qui sont restés derrière elle, comme je l'ai eu, moi aussi ».
La réponse n'a pas tardé. À l'Élysée, un peu plus tard, lors d'une réception en compagnie des membres de ses comités de soutien et de personnalités politiques et du spectacle, Ingrid Betancourt a
incité Nicolas Sarkozy à continuer ses efforts en direction de la jungle et parlait même de créer une ONG dédiée à l'aide aux otages. Avec des élans comme pour convaincre. Comme en campagne.
Source : samedi 05.07.2008, 04:58 - La Voix du Nord
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