Déclarations d'Ingrid Betancourt
Ingrid a dit qu'elle "continuait d'aspirer à servir la Colombie comme présidente"
BOGOTA "Je veux d'abord rendre grâce à Dieu et aux soldats de Colombie", a déclaré mercredi à la radio privée Caracol l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, quelques
heures après sa libération par l'armée.
"L'opération a été absolument impeccable", a ajouté Ingrid Betancourt. "Je crois (que ces libérations) sont un signal de paix pour la Colombie."
La ressortissante franco-colombienne âgée de 46 ans a expliqué à la radio militaire colombienne que les 15 otages des FARC pensaient que les hélicoptères les emmenaient vers un autre camp rebelle
et ne savaient pas qu'ils étaient en réalité pilotés par des agents des renseignements militaires.
"Ils nous ont sortis de manière impressionnante", a-t-elle dit, précisant qu'aucun coup de feu n'avait été tiré. "Les hélicoptères sont arrivés. Quand j'ai vu les hélicoptères
blancs, j'ai senti quelque chose d'étrange, parce que quand nos entendions les hélicoptères, il fallait courir se cacher", a-t-elle ajouté.
Ingrid Betancourt a déclaré qu'elle aspirait toujours à "servir la Colombie comme présidente", quelques heures à peine après sa libération, avant de remercier la France pour son
soutien.
La Franco-colombienne, retenue en otage par les FARC pendant plus de six ans, a déclaré que la réélection du président Alvaro Uribe en 2006 à la tête de la Colombie était "très bonne pour la
Colombie".
Elle a expliqué avoir constaté, pendant ses années de captivité dans la jungle, que le renforcement militaire promu par le chef de l'Etat avait fortement contribué à affaiblir ses ravisseurs.
L'ancienne otage était en campagne pour la présidence lorsqu'elle a été enlevée en 2002 par les Forces armées révolutionnaires de Colombie.
S'exprimant lors d'une conférence de presse, elle a assuré qu'Alvaro Uribe était "un très bon président" mais qu'elle "continuait d'aspirer à servir la Colombie comme
présidente".
Pour le moment, a-t-elle souligné, "je ne suis qu'un soldat de plus".
S'exprimant par ailleurs en français, Ingrid Betancourt a remercié la France, où elle "rêve" de se rendre bientôt, ainsi que les présidents Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, et l'ancien Premier
ministre Dominique de Villepin.
"Je vous remercie du temps que vous m'avez consacré, je vous remercie des luttes que vous avez donné en ma défense", a-t-elle lancé à l'adresse de la population française, assurant:
"je vais être très vite avec vous,je rêve d'être en France". "Je veux aussi, à travers vous, dire merci au président Sarkozy qui a tant lutté pour moi avec ma famille" et
"remercier le président Chirac qui nous a tendu la main dans les moments où lutter pour les otages en Colombie était politiquement inconvenant", a-t-elle rappelé. "Je voudrais aussi
dire merci à mon ami Dominique de Villepin, à sa femme Marie-Laure que je porte dans mon affection, dans mon coeur, parce que sais qu'ils ont été avec ma famille et avec moi pendant toutes ces
années", a-t-elle poursuivi. "Je suis colombienne mais je suis française, mon coeur est partagé", a-t-elle résumé. "Je vous aime. Vous êtes avec moi, je vous porte dans mon sang
(...) Merci la France".
La nouvelle femme libre a toutefois appelé à ne pas oublier les autres nombreux otages. "La paix doit être atteinte avec la promesse qu'il n'y aura plus d'enlèvements (...) Tout le monde doit
sentir que cette union nationale va nous aider à tous les ramener sains et saufs". "Que cet instant de bonheur ne nous fasse pas oublier les autres qui sont morts", a-t-elle
souhaité.
Interrogée sur les tentatives de médiation des présidents vénézuélien et équatorien Hugo Chavez et Rafael Correa, Ingrid Betancourt a estimé qu'ils étaient "des alliés importants dans le
cadre de ce processus, mais à une condition: le respect de la démocratie colombienne. Les Colombiens ont élu Alvaro Uribe, les Colombiens n'ont pas élu les FARC".
Concernant les gardes chargés de la surveiller, elle et les autres otages, quand l'armée colombienne les a repris, l'ex-prisonnière a espéré qu'"ils restent en vie et ne soient pas
injustement accusés de ce qui s'est passé".
L'ex-otage franco-colombienne Ingrid Betancourt libérée mercredi, approuve la politique de libération par la force prônée par le président Alvaro Uribe.
"Je remercie le président Uribe d'avoir pris ce risque, je sais que cela a du être un moment très difficile parce que l'opération était très risquée mais elle s'est déroulée de manière
impeccable", a déclaré Ingrid Betancourt lors d'une conférence de presse à l'aéroport de Bogota. "De manière générale nous pensions qu'en cas de libération par des moyens militaires,
certes nous encourions le risque de mourir mais qu'il est bon de mourir en touchant la liberté des mains ne serait-ce qu'une seconde et de ne pas être simplement fusillé à la suite d'une
exécution par la guérilla", a-t-elle ajouté. "En dépit de l'angoisse, pour nous les otages l'option de la libération militaire était une option moins mauvaise que la détention
elle-même", a estimé l'ex-otage quelques heures après avoir retrouvé la liberté.
L'ancienne candidate des verts colombiens a également souligné que dans sa seconde preuve de vie, envoyée en août 2003, elle avait demandé au président Uribe d'organiser une opération militaire
pour la libérer. "Mais je lui avais demandé aussi de tenir compte de nos familles parce que je sentais que c'était un thème très délicat pour nos proches", a-t-elle précisé.
Sa mère Yolanda Pulecio, son mari Juan Carlos Lecompte, les comités de défense pour sa libération et le gouvernement français s'opposaient fermement à toute option militaire, redoutant une fin
tragique pour l'otage.
Mme Betancourt a rappelé à cette occasion quel a été le sort encouru l'an dernier par 11 députés provinciaux, exécutés par les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie
(Farc-guérilla marxiste) après 5 ans de détention.
Ingrid Betancourt, enlevée en 2002, faisait partie d'un groupe de 39 otages dont les Farc proposait la libération contre celle de 500 guérilleros emprisonnés.
Ingrid Betancourt raconte les conditions "surréalistes" de sa libération
L'ex-otage libérée, la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, a raconté mercredi lors de son arrivée à l'aéroport militaire de Bogota, "les conditions surréalistes" de sa libération par l'armée
colombienne. "Les conditions de nos libérations ont été complétement surréalistes", a affirmé Ingrid Betancourt avant d'en faire le récit. "Nous étions levés depuis cinq heures du
matin, a-t-elle indiqué. Ils (les geôliers des Farc) nous avaient demandé de ranger nos affaires et ils nous ont fait attendre toute la matinée en nous disant qu'ils ignoraient ce qui allait se
passer".
Selon le déroulement de cette opération présenté par le ministre colombien de la Défense Juan Manuel Santos, l'armée avait infiltré des hommes parmi les guérilleros des Forces armées
révolutionnaires de Colombie (Farc-marxistes) chargés de surveiller les otages. Ces derniers étaient parvenus à faire croire aux geôliers des Farc que des dirigeants de l'état-major des rebelles
voulaient rencontrer les otages et qu'il fallait dans cet objectif les regrouper. "Une heure avant que les hélicoptères n'arrivent, j'ai parlé avec le commandant (des Farc) Asprilla et il m'a
dit que nous allions tous monter dans un hélicoptère et que nous irions dans un endroit qu'il ne connaissait pas pour parler avec un dirigeant des Farc. Asprilla pensait qu'il s'agissait
d'Alfonso Cano (le nouveau chef des rebelles)", a-t-elle dit. "Quand les deux hélicoptères blancs sont arrivés, et je dois confesser que j'ai ressenti quelque chose d'étrange parce que
normalement lorsque nous entendions les hélicoptères arriver nous sortions en courant pour nous cacher. Et cette fois ils étaient devant nous et nous attendions tranquillement qu'ils
atterrissent", a indiqué Ingrid Betancourt, vêtue d'un treillis militaire et les cheveux noués sur la nuque.
Un seul des deux hélicoptères s'est posé, selon les militaires colombiens, et le second est reparti. "Quand les passagers de l'hélicoptère sont descendus, a-t-elle poursuivi, la confusion a
été totale. C'étaient des membres des Farc, ils étaient avec eux, certains même avaient des chemises à l'effigie du Che Guevara".
Le commandant des forces militaires colombiennes, le général Freddy Padilla a pour sa part révélé que seul l'hélicoptère utilisé pour la libération avait à son bord deux pilotes, deux navigateurs
militaires ainsi que neuf membres des forces spéciales. "Nous sommes montés à bord avec beaucoup de difficulté car ils nous avaient lié les mains, ce qui était humiliant, puis après être
montés ils nous ont attaché les pieds (....). Ils ont alors fermé les portes de l'hélicoptère, et tout à coup j'ai vu le commandant (Farc) nu au sol. Je n'ai pas même ressenti de bonheur à ce
moment", a ajouté l'ex-otage soulignant que ce guérillero l'avait personnellement humiliée à de nombreuses reprises pendant sa captivité. "Après avoir neutralisé les deux commandants
Farc qui étaient montés avec nous dans l'hélicoptère, le chef de l'opération a crié: + Nous sommes l'armée nationale, vous êtes libres +.
"A ce moment, nous avons ri, sauté de joie, je pensais que c'était un miracle".
"L'opération militaire de l'armée de mon pays a été parfaite", a conclu l'ancienne candidate présidentielle des verts qui a rendu hommage au président colombien colombien Alvaro Uribe.
Le ministre de la Défense Santos a estimé que cette opération de sauvetage des otages s'était déroulée "comme dans un film".
De son coté, le général Padilla a, dans un discours public, précisé qu'au cours de l'opération de libération "il n'y a pas eu un seul tir, pas un seul blessé".
Ingrid Betancourt a aussi remercié le président français Nicolas Sarkozy, son prédécesseur Jacques Chirac et son "ami" l'ancien premier ministre Dominique de Villepin. "Je veux (...) dire
merci au président Sarkozy qui a tant lutté pour moi, avec ma famille, mes enfants, avec maman, ma soeur", a déclaré Ingrid Betancourt, otage depuis plus de six ans. "Je suis Colombienne
mais je suis Française", avait auparavant affirmé Mme Betancourt.
De retour en France dès ce jeudi
Ingrid Betancourt a annoncé qu'elle allait se rendre en France dès ce jeudi et rencontrer le président Nicolas Sarkozy pour le remercier de ses efforts pour obtenir sa libération après plus de
six ans aux mains des FARC. "Demain, je me rendrai en France, je vais rencontrer le président Sarkozy", a-t-elle déclaré tard mercredi soir dans un entretien à la télévision colombienne
RCN.
La Franco-Colombienne a précisé qu'elle repartirait pour la France aussitôt après avoir retrouvé ses enfants en Colombie. L'Elysée n'a pas confirmé l'information, indiquant que l'avion de la
République française, qui a décollé dans la nuit de mercredi à jeudi pour Bogota avec le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner et la famille d'Ingrid Betancourt, ne s'était
pas encore posé en Colombie. "Je voulais dire que le président Sarkozy, et à travers lui, à tous les Français qu'ils ont été notre soutien, notre lumière, notre phare", a-t-elle ajouté.
"C'est le moment de dire aux Français que je les remercie, que je les admire et que je me sens fière d'être également française". "A la fin de ma vie, j'aimerais être enterrée en
France. Je crois que je leur dois (...) Si je suis vivante aujourd'hui, c'est grâce à eux", a souligné l'ancienne otage. "Par moments, ils (ces ravisseurs) se refrénaient, parce que la
France était derrière" elle. "Quand nous nous sommes sentis abandonnés, il y a eu la main tendue de Jacques Chirac auquel je veux dire (...) qu'il nous a protégés, qu'il a protégé ma
famille", a noté Ingrid Betancourt.
© La Dernière Heure 2008
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